La place du théâtre dans la société. Grande thématique
maintes fois dissertée. Face à ce colosse d’interrogation, je prends la bande
des pneus crevés. Je m’arrête, et par facilité ou par réalisme, j’appelle
l’assistance des philosophes ratés. En long, en large, en travers d’autres
experts que moi ont retourné toutes les pièces de la mécanique poétique. En effet, le théâtre a dû passer au
contrôle technique sans quoi, il ne serait pas un véhicule autorisé dans le
paysage littéraire.
De tout temps, il a porté en épée de Damoclès sa toujours
extinction prochaine et a survécu.
Il a tenté
« Sysiphement » d’exprimer l’indicible et ont surgi des
compréhensions. Il a fasciné, intrigué, exaspéré ou déçu mais n’a jamais laissé
personne indifférent. A coup de mentir vrai, de pulsions, d’état, de propre vérité,
de provocation ou de cuisine intérieure, le théâtre parle de l’homme. Il
déploie la palette des possibles, il titille et charrie la réflexion, il
soulage et suggère notre être comprimé par cette vie rudement menée. Il point
d’orgue le temps d’une représentation. Il sculpte les âmes. Il nous projette
au cœur des drames, il orchestre les rires et les larmes.
Tant qu’il y
aura des concepteurs, des conducteurs et des passagers, le théâtre aura, toujours, de quoi se parquer.
Néanmoins, sans "benz" ou
sans travailleur à la chaine pas de nouveau modèle à sortir d’usine. Pas de
théâtre sans les petites mains qui le confectionnent.
Transport supprimé, parking déserté,
horodateur déprimé.
La plupart
du temps, moi apprentie comédienne, je me sens plutôt une inadaptée sociale. Le
comble. A la fois par ce qu’on me renvoie, mais aussi par ce que je vis.
- Comme
les kinés, ma formation dure quatre ans. A la fin, nous avons tous les deux un
master, mais moi mon diplôme ne sera pas valorisé. Ou alors si, mais dans une
administration.
- Mon
futur travail est considéré comme un hobby. La rétribution y est facultative.
- Je
vais produire des concepts, défendre des pensées, utiliser mon corps, vivre de mon image,
donner ma voix. Bref, rien d’utile. non?
- Le bon créneau parait-il : un vrai travail en poche
et l’art à temps partiel.
- Souvent, j'entends: "Tu
« joues » ! Cela doit donc être une partie de plaisir tous les
jours."
Debout dans
mon bus direction conservatoire, j’observe le monde. J’y suis, fréquemment, agressée par la précarité, la connerie et
l’aigreur que j’y rencontre. La violence de ces rendez-vous matinaux chamboule souvent
le reste de ma journée, me donne l’envie d’agir et d’en parler.
Je ne suis pas
cette société où le temps et l’argent comptent plus que les gens.
Je ne suis
pas cette société où la productivité assèche la diversité.
Je ne suis pas cette
société où la recherche de l’épanouissement se chronomètre, se select et doit finalement s’arracher.
Je ne suis pas
cette société où la liberté commence où s’ouvre le porte-monnaie.
Je suis de
cette société qui s’interroge, qui réfléchit et pense le monde. Qui veut améliorer.
Qui considère chacun des membres de sa communauté. Qui cède sa place dans les
"tromé". Qui pense solidaire. Qui sourit
et espère. Qui constate. Qui reflète. Qui parfois ob- et souvent sub- jectivise.
Je veux
pourvoir créer, jouer, rencontrer et vivre mon expérience sans culpabiliser.
Je ne suis pas un parasite.
Je ne profite pas
du système.
Je ne suis pas fainéante.
Je fais un vrai métier avec bons et
mauvais côtés.
Je suis utile à la société.
J'en fais partie et j'y ai ma place.
Certains
diront de moi que je suis sensible, originale voire utopique. Je suis, seulement, un être humain à part entière et ce qui me passionne, moi, c’est d’être
artiste.