samedi 27 octobre 2007

Jean-Joseph Vadé (1719-1757)


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Chanson

Quand on est au fait du métier
De femme habile et fine coquette,
On choisit un grand écolier,
Sot, mais bien fait, joli, riche héritier.
On lui jure une ardeur parfaite;
Il s'applaudit et s'enflamme aisément :
Et voilà comme, et voilà justement
Comme on fait d'un novice un amant.

On se fait un amusement
D'un feu plus doux, plus flatteur que sincère,
Jusqu'à ce qu'Amour s'éloignant,
On ait à craindre un prochain changement :
Bientôt Hymen devant notaire
Vient assurer le coeur et l'argent :
Et voilà comme, et voilà justement
Comme on fait un mari d'un amant.

Par là l'honneur est à l'abri;
Pour couvrir tout, l'emplâtre est sans pareille.
Ensuite on prend un favori
Galant, bien fait, vigoureux, bien nourri :
On quitte l'époux qui sommeille,
Pour voir l'amant qui n'est pas endormi :
Et voilà comme, et voilà tout ainsi
Comme on fait un cocu d'un mari.

Puis on le fait tant enrager,
Tant et si bien qu'on lui fait rendre l'âme.
Tandis qu'on feint de s'affliger,
Dans l'autre monde il va se soulager.
Trop heureux, en quittant sa femme,
Que son repos lui soit enfin rendu :
Et voilà tout compté, tout rabattu,
Comme on fait un défunt d'un cocu.

Je ne vois rien de si charmant
Que d'obtenir un brevet de veuvage,
Quand il n'en coûte seulement
Que les frais de l'enterrement.
Puis des deniers de l'héritage,
Quand on est vieille, on achète un amant,
Et volà comment, et voilà justement
Comme on fait d'un défunt un vivant.

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